Je suis en stage dans un centre d'animation pour personnes âgées
A la base la gériatrie ne m'attire pas je l'avoue
Pourtant les personnes âgées sont adorables et nos actions leur redonne le sourire, un peu de chaleur et de réconfort (les sortir de leur quotidien)
Se sentir utile donc...
Une des raisons pour lesquelles j'ai choisi de devenir infirmière
Donc, le problème n'est pas là
C'est tout simplement ma peur du futur qui me bloque
Voir des personnes entièrement dépendantes et seules, qui attendent tout simplement leur tour (il faut bien l'avouer) même si certaines ont la chance de garder leur part d'autonomie et de recevoir régulièrement des visites (il ne faut pas généraliser...) ce sont des images qui me ramènent à mon propre sort (est-ce que je finirai comme-ci ou comme çà?)
Les rides çà m'est égal
Sincèrement c'est le cadet de mes soucis
Le problème est ailleurs, le problème c'est la solitude
La perte de mes proches m'angoisse plus que tout
Je ne veux pas être la dernière...
J'ai peur de finir comme çà moi aussi
Regretter chaque jour mes disparus
Etre totalement dépendante et seule
Et attendre mon tour...
Les personnes âgées ne sont pas des personnes incapables et encore moins des choses ou des objets
Ils suffit juste d'être à leur écoute et d'adapter nos actions à chacun
Patience!
Mais le résultat est là:
A tout ceux qui entendent mes SOS
Le temps se double, les gestes se ralentissent, c'est comme si le temps s'était arrêté à une période trop noire pour moi. J'ai de plus en plus de mal à effectuer des tâches habituelles, de plus en plus de mal à être comprise, de plus en plus de mal à être aimée. Je ne me sens plus regardée autant qu'avant, c'est comme si les personnes qui m'entourent au quotidien deviennent toutes éphémères. Je sais bien qu'avec mes kilos en moins, je fonds davantage dans le décor; je me demande sans cesse si l'on me voit dans ce siège en osier qui ressemble alors au Trou de Calcutta où je me perds de plus en plus, jour après jour.
Je voudrais me retrouver face à la mer pour y jeter tout mes SOS; pour qu'ils soient perdus à jamais, qu'ils ne reviennent sur terre.
Je voudrais me casser la voix pour vous crier mon désarroi jusqu'à ce que vous arriviez à moi...
Si seulement si, si seulement si...
Aidez-moi à remonter cette interminable pente.
Appoline, 80 ans
Je m'appelle J. Louise J.
Je suis là depuis très longtemps. J'ai ma chambre au 3ème étage. Je suis bien contente, je suis pas toute seule. Je suis bien nourrie.J'ai appris le métier de couturière. Je voulais faire les femmes mais ma grand-mère n'a pas voulu alors comme j'avais un petit frère, j'ai appris le métier de culottière. Mon mari, je crois qu'il est mort et mon fils, je ne suis plus si je l'ai toujours J'ai la mémoire qui fond complètement.
Je suis toute seule maintenant, je suis perdue.
Je suis au 3ème étage car j'ai dit que je voulais être en l'air et pas par terre.
Louise, 90 ans
A une amie,
Depuis que je ne travaille plus, je lis davantage et j'époussette moins. Je m'assois dans ma cour et j'admire le paysage sans me préoccuper des mauvaises herbes dans le jardin. Je consacre plus de temps à ma famille et à mes amis. Le plus souvent possible, la vie devrait être composée d'expériences à savourer et non à endurer. J'essaie maintenant de reconnaître ces moments et de les apprécier. Je ne conserve rien, j'utilise la vaisselle des jours de fête pour toutes les occasions. Je porte mon ensemble pour faire mes courses.
« Un jour » et « un de ces jours » sont des mots que j'ai bannis de mon vocabulaire. Si c'est quelque chose qu'il vaut la peine de voir, d'entendre ou de faire, je veux le voir, l'entendre ou le faire maintenant.
J'essaie de toutes mes forces de ne pas remettre à plus tard ou me priver de faire des choses qui ajoutent de la gaieté et de l'éclat à ma vie. Et, chaque matin quand j'ouvre les yeux, je me dis que c'est un jour spécial.
Ton amie
Irène, 75 ans